De Gutenberg à l’impression 4D

Entre Gutenberg et le 21ème siècle, les techniques typographiques ont peu changé. Le livre « objet » est resté plutôt proche de celui qui est apparu au Moyen-Age. Les métiers de l’impression, quant à eux, se sont enrichis grâce aux nouvelles technologies. Ces dernières ouvrent aujourd’hui de fascinantes perspectives et révolutionnent le secteur de l’impression. Petit tour d’horizon de ces évolutions qui n’ont pas fini de nous impressionner.

L’apport de Gutenberg

Un mythe s’écroule : Gutenberg n’a pas inventé l’imprimerie en 1450, mais a perfectionné une invention qui existait déjà : la presse.  Celle-ci permettait de fabriquer des gravures sur bois (xylogravure). Avant lui, depuis les environs du 10ème siècle, les scribes recopiaient laborieusement à la plume d’oie, sur du parchemin de veau – du vélin –  des textes religieux surtout, puis des traités de médecine, de mathématique, ou d’astronomie… Le génie de Gutenberg est d’avoir créé un moule en bois dans lequel il coulait le métal, (alliage de plomb) réalisant des poinçons, qui représentaient des lettres ou types, associant ainsi pour la première fois le texte à la gravure. Une technique qui a perduré jusqu’à l’époque moderne.

Le 20ème siècle voit apparaître l’offset, l’héliographie, la sérigraphie, est surtout le numérique et la révolution internet. Ces technologies innovantes ont permis aux métiers de l’imprimerie d’évoluer. Premiers concernés et intéressés par ces évolutions technologiques : les imprimeurs… de billets de banque.

Méconnue et technologique : l’impression fiduciaire

Nécessités de sécurité et de fiabilité obligent, l’impression de documents sécurisés (billets de banque, timbres et titres) est à l’origine d’une grande partie des innovations de l’impression. Sur ce créneau, Oberthur Fiduciaire – entreprise très discrète, sécurité oblige  – est parvenue à se hisser au sommet de la compétition internationale. Créée en 1842 par l’imprimeur alsacien François-Charles Oberthur venu en Bretagne « voir la mer », l’entreprise imprime aujourd’hui plus de 5 milliards de billets de banque par an pour environ 70 pays différents. L’entreprise imprime également 1,6 milliards de documents sécurisés.

Oberthur Fiduciaire se positionne aujourd’hui sur le créneau de « l’artisanat high tech » grâce une politique d’investissements soutenus en R&D qui lui permet de « conserver une longueur d’avance sur les concurrents mais également sur les contrefacteurs et les faux-monnayeurs » explique son Directeur général, Thomas Savare. Mais l’imprimeur breton produit également des billets capables de résister à leurs pires ennemis : le quotidien, le temps et l’usure. Parmi les nombreux brevets déposés par Oberthur Fiduciaire et destinés à la lutte anti-contrefaçon figure par exemple « Elise », une technique d’impression en taille-douce à effets visuels. Autre innovation, « Jasper » : un patch à effets optiques sécurisé par un embossage dynamique. L’heure est à l’impression high-tech dans une spécialité qui s’est approprié toutes les subtilités du métier, en innovant tout à la fois sur les papiers, les encres, les procédés d’impression et les technologies de sécurité.

Grands formats : l’innovation XXL

Au-delà des livres et des billets, l’impression s’est aussi approprié les espaces urbains à travers une autre invention récente : la publicité. En effet, l’impression high-tech fait son apparition, dans les paysages urbains, avec les très grands formats : panneaux géants, bâches, kakémonos… La société Prismaflex est spécialisée dans ces impressions monumentales, et réalise toutes sortes de « covering » de bâtiments, chantiers ou monuments. L’entreprise possède le premier parc européen de machines d’impression numérique. Elle imprime jusqu’à 8.600 m2 par jour en France et 6 millions de mètres carrés par an dans le monde. Il s’agit de la seule imprimerie numérique au monde dotée d’un département R&D Print, ce qui lui permet de développer des supports innovants tels que le HDPE (High Density Polyethylene) ou le Stretch-Flex, un film PVC extensible et 100% recyclable.

Son savoir-faire en matière d’impression numérique high tech a été choisi pour habiller les façades nord de l’Opéra Garnier. Prismaflex va fournir quatre toiles décors ainsi que des toiles destinées à la publicité et à la communication. L’entreprise a notamment été choisie afin d’imprimer des adhésifs micro-perforés très grands formats (jusqu’à 875 m²) destinés à habiller les façades de Microsoft à Paris.

Déjà la 3 D…

Mais « la » grande révolution de l’imprimerie aujourd’hui reste celle de la 3D, qui permet de construire ex nihilo des objets et des formes qu’on ne peut produire de manière industrielle. Ainsi la société Gizmo 3D Printers a développé un système 3D qui permet d’imprimer des objets à partir de résine liquide, en seulement quelques minutes, contre plusieurs heures avec une imprimante classique Elle utilise un procédé encore inédit, celui  de la technologie DLP (Direct Light Printing, ou traitement numérique de la lumière). La start-up américaine Carbon3D a quant à elle récemment montré une imprimante 3D en continu – encore expérimentale – qui utilise la lumière et l’oxygène. Sa technologie, « Clip » (continuous liquid interface production), ne nécessite que quelques minutes pour imprimer des objets de plusieurs centimètres, toujours plus fins et solides que ses prédécesseurs. Depuis les progrès et les innovations s’enchainent : la société Sculpteo propose désormais l’impression 3D à la demande, en plastique, argent, laiton, céramique… de toutes les formes, tailles et couleurs. Local Motors a ainsi fait la démonstration de la première voiture dont le châssis et la carrosserie sont entièrement imprimés en 3D. A terme des imprimantes 3D surdimensionnées pourraient produire… des immeubles entiers, pour une fraction du prix et du temps ordinairement nécessaire. « Sky is the limit ».

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…et bientôt la 4 D ?…

Face à ces innovations, les chercheurs planchent déjà sur les opportunités qu’offre la 4D, l’idée étant d’utiliser les procédés de l’impression 3D en y intégrant des matériaux « intelligents » capables d’évoluer avec le temps en fonction de leur environnement. Imaginez un monde où les meubles s’assemblent tout seuls, où l’épaisseur des murs des bâtiments évolue en fonction de la météo, et où les voitures accidentées se réparent elles-mêmes…Fiction ou réalité ? Réalité si on en croit les très sérieuses expérimentations conduites sous l’égide de Skylar Tibbits, chercheur au Massachusetts Institute of Technology (MIT) Ce dernier a combiné deux polymères aux caractéristiques différentes, offrant une souplesse de mise en œuvre et de fabrication beaucoup plus intéressante. La seule question qui demeure est est-ce encore de l’impression, au sens où l’entendait Gutenberg ? Très peu probable. Mais avec l’imbrication des notions  d’impression, de
conception, de création, et même de construction, une chose est sûre : les technologies de l’impression n’ont pas fini de nous impressionner.

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