R&D : il n’y a pas que la taille qui compte !

Certaines entreprises vivent par et pour l’innovation. Focus sur la place stratégique qu’occupe la nouveauté dans leur business model. 

rdL’innovation s’apparente pratiquement au cœur de métier de certains marchés. La nature du bien qui s’y échange pousse la demande à rechercher, quoiqu’il arrive, l’offre la plus performante sur le plan technologique. Automobile, pharmaceutique, imprimerie, logiciel : bien des industries se structurent autour d’une rivalité par l’innovation. Les entreprises qui sont au cœur de ces rivalités n’observent d’ailleurs aucune règle de taille. Pour elles, seule compte l’obligation de performance technologique qui régit leur marché. Mais avant de se pencher plus avant sur ces exemples, quelques données générales sur l’innovation permettent de mieux contextualiser l’effort consenti par les entreprises qui misent tout sur la R&D. 

Une question de marché, plus qu’une question de taille 

« Parmi les 20 premiers déposants de brevets figurent les principaux groupes industriels français qui investissent dans la recherche », expose l’Observatoire de la Propriété Intellectuelle qui établit chaque année le classement des déposants de brevets auprès de l’INPI. Naturellement, ce sont les grandes entreprises qui se trouvent en tête du classement national. En 2012, c’est PSA Peugeot Citroën qui se hissait à la première place avec 1 348 brevets déposés. C’est près de trois fois plus que le Commissariat à l’énergie atomique et Safran, respectivement second et troisième de la liste avec 566 et 556 brevets déposés. 

Ces quelques données illustrent bien les écarts qu’il peut y avoir entre les plus gros acteurs de l’innovation. Mais la question centrale est ici de savoir ce qui pousse une entreprise comme PSA à débaucher autant de moyens autour de l’innovation. La réponse réside entre autres dans l’anticipation du déclin des énergies fossiles, à commencer par le pétrole bien entendu, mais aussi dans l’idée que les consommateurs sont désormais en quête d’une voiture économique et performante à la fois. En témoigne d’ailleurs la divulgation du prochain modèle phare du constructeur automobile : une voiture hybride à air comprimé, précurseur du genre et destinée à être commercialisée d’ici 4 ans avec l’ambition de faire réaliser à ses propriétaires jusqu’à 45 % d’économie de carburant, ainsi que le détaille Le Point

Placer l’innovation au cœur de son business model est moins une question de taille qu’une question de marché. Si PSA dépose deux à trois fois plus de brevets que ses homologues de taille similaire, des entreprises de taille plus modeste sont également capables d’investissements considérables à leur échelle. D’ailleurs, pour Clayton Christensen, Jeff Dyer et Hal Gregersen, la propension à innover de certaines d’entre elles trouve une explication plausible en la personne de leurs dirigeants. « L’ADN des entreprises innovantes reflète celui de leur fondateur », avancent-ils dans leur ouvrage intitulé Le  Gène de l’Innovateur. Or à la tête de ces entreprises petites ou moyennes qui misent tout sur l’innovation, les dirigeants sont en effet en première ligne. 

Une contrainte stratégique forte 

C’est un homme seul, Jean-Pierre Savare, qui a fait prendre un virage technologique radical à l’imprimerie Oberthur, rachetée pour un euro symbolique au début des années 1980 alors qu’elle se trouvait au bord de la faillite. Sous l’impulsion de son nouveau patron, l’entreprise passe rapidement d’imprimeur traditionnel séculaire à numéro 3 mondial de l’impression de sécurité. Thomas Savare, désormais à la tête de l’entreprise, continue aujourd’hui d’entretenir cet équilibre entre « respect pour un savoir-faire séculaire et […] farouche volonté d’innovation » ; « une quête permanente de l’excellence qui se traduit notamment par un intense effort de R&D », ainsi que le résume cet ingénieur centralien à  Economie Matin. Et pour cause : Oberthur Fiduciaire est titulaire de nombreux brevets visant à la lutte anti-contrefaçon ou à l’amélioration continue de la durée de vie des billets. 

Même les start-ups misent parfois tout sur la R&D et l’innovation. Le cas de la PME Alkion BioInnovation est à cet égard éloquent. Cette entreprise conçoit des traitements innovants élaborés à partir de plantes rares ou en voie d’extinction pour lutter contre les cancers résistants aux traitements conventionnels. Ses effectifs se composent d’un responsable commercial et … de 8 chercheurs ! Cette PME, qui prouve que l’on peut être très petit tout en ayant une véritable expertise de l’innovation, est d’ailleurs bien française car elle a profité dès ses débuts d’un statut typiquement hexagonal : celui de Jeune Entreprise Innovante, qui conditionne l’accès à des exonérations de charges patronales sur les salaires affectés à la R&D. C’est notamment grâce à ce dispositif que l’entreprise a pu investir dès sa création et se positionner rapidement comme un producteur innovant de traitements de pointe. 

Et face au succès de certaines petites entreprises sur le terrain de l’innovation, les firmes de plus grandes tailles renouvellent à leur tour leur approche de la R&D… en s’inspirant parfois même des procédés utilisés par leurs challengers. « Chez Symantec, nous avons constaté que depuis peu, l’innovation, la force de marché viennent du grand public, alors qu’auparavant les versions professionnelles étaient des pour créer les logiciels à destination du plus grand nombre », relate par exemple Éric Soares, vice-président France de l’éditeur du fameux antivirus Norton. 

Ce commentaire traduit une tendance de fond dans le secteur, à savoir le recours de plus en plus important à l’innovation ouverte. Ce processus, par lequel les utilisateurs partagent leur connaissances afin d’enrichir la qualité du produit, a fait et fait encore le succès des logiciels libres. A tel point qu’il n’est désormais plus l’apanage de quelques acteurs isolés. Comme quoi, l’innovation n’est résolument pas l’atout réservé des grandes multinationales.

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