Le ferroviaire : premier laboratoire de l’exploitation du gaz de schiste aux États-Unis

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Le gaz de schiste divise de nombreux pays. En France, une éventuelle exploration de cette ressource naturelle a maintes fois été évoquée, mais les autorités en place ont rapidement éteint tout espoir de développement d’un tel projet. Aux États-Unis, malgré les menaces environnementales qui y sont liées, et en dépit des risques d’une nouvelle bulle spéculative engendrée par son exploitation, le gaz de schiste a convaincu les acteurs à tous les niveaux. Aujourd’hui, après une première phase d’extraction du gaz rappelant la ruée vers l’or d’un autre siècle, l’heure est à la mise en œuvre de divers projets outre-Atlantique. Une première est ainsi en passe d’être réalisée dans le courant de cette année, avec l’utilisation d’une locomotive fonctionnant au gaz de schiste par la plus grande compagnie ferroviaire américaine, BNSF.

L’exploitation du gaz de schiste, un sujet à l’origine de divergences

En raison de son processus d’exploitation très controversé, le gaz de schiste n’a séduit pour le moment qu’un nombre réduit de nations. Les techniques de fracturation hydraulique divisent en effet les experts du monde entier. D’un côté, il y a ceux qui considèrent ce procédé comme potentiellement néfaste à l’environnement, et de l’autre, certains affirment que les répercussions de la fracturation hydraulique sont négligeables. Suite à ces avis divergents, certains pays ont dès lors interdit tout programme visant à l’extraction de ce gaz non conventionnel, tandis que d’autres ont pressenti dans ce nouveau filon la meilleure perspective pour une transition énergétique. Les États-Unis sont ainsi concernés par ce second cas, enregistrant un nombre record d’investissements dans le secteur au cours des récentes années. Malgré les soupçons émanant de plusieurs entités internationales concernant les éventuelles conséquences néfastes de l’exploitation du gaz de schiste, les États-Unis ont tout de même persévéré dans leur projet d’extraction. Officiellement, une majorité des entreprises qui opèrent dans l’exploitation de cette ressource naturelle affiche en public un optimisme expansif quant aux bénéfices issus des opérations effectuées. Pourtant, au-delà de cette attitude de façade constatée chez les acteurs américains du gaz de schiste, les révélations de certains articles de presse tendent à assombrir les véritables tenants et aboutissants de l’exploitation.

Exploitation non rentable du gaz de schiste ?

En se basant sur les correspondances internes de diverses entreprises, le très sérieux New York Times a révélé les secrètes inquiétudes au sein des instances dirigeantes. Au départ, nombre de ces sociétés d’exploitation du gaz de schiste ont effectivement flairé les énormes rendements que ce nouveau type de ressources énergétiques serait prédisposé à offrir. En conséquence de cette analyse, elles ont ainsi intégré une masse considérable de fonds au sein d’investissements d’envergure pour les forages de puits. Pourtant, les documents obtenus par l’organe de presse américaine jettent un doute quant aux véritables potentiels de rentabilité des exploitations. Une majeure partie de ces correspondances internes démontre ainsi la difficulté rencontrée par les exploitants dans le processus de forage, ainsi qu’un écart certain entre le coût prévisionnel et celui qui est réellement dépensé. Certains responsables de ces entreprises vont même jusqu’à remettre en cause la véracité des premières évaluations du volume du gaz non conventionnel disponible au sein des puits. À la constatation de ces messages tenus confidentiels, le journal a conclu que des interrogations restent encore en suspens concernant la véritable rentabilité de l’exploitation du gaz de schiste. La crainte d’une nouvelle bulle spéculative est même admise par certains analystes financiers, estimant que le lot d’investissement réalisé est trop élevé alors que ce gaz non conventionnel est non-rentable.

Première phase de test sur une locomotive de la BNSF

Cependant, toutes ces formes d’alertes n’entament pas l’optimisme des exploitants, qui projettent d’ores et déjà de passer à l’étape suivante, celle de l’utilisation du gaz de schiste sur des équipements du quotidien. C’est ainsi qu’une première phase expérimentale va être lancée au cours de cette année au sein de la première compagnie ferroviaire des États-Unis, la Burlington Northern and Santa Fe Railway. Propriété du magnat des finances Warren Buffet, la BNSF est également connue outre-Atlantique comme le deuxième plus grand consommateur de gazole, derrière l’US Navy. Le récent essor du gaz de schiste a notamment favorisé un effondrement des prix du gaz naturel aux États-Unis. Une situation que n’a pas manqué de remarquer les dirigeants de la compagnie ferroviaire. Par rapport aux prix du gazole, celui du gaz est huit fois moins cher. Aussi, l’initiative ne s’est pas fait attendre et la BNSF compte expérimenter le gaz non conventionnel sur une de ses locomotives. Pour cette compagnie qui compte dans son parc plus de 7 000 locomotives fonctionnant au gazole, cette manne sera véritablement à l’origine d’économies monumentales, si les tests sont concluants.

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