La psychologie en entreprise : de la thérapie à la stimulation de la créativité

L’association entre psychologie et monde de l’entreprise n’a rien d’évident. Mais les réflexions en cours sur les liens entre conditions de travail, productivité et bien être de la personne commencent à faire entrer le domaine thérapeutique dans les préoccupations des dirigeants de sociétés. A la clé, une meilleure prise en compte des impératifs de responsabilité sociale de l’entreprise et un meilleur épanouissement des salariés dans le cadre de leurs obligations professionnelles.

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Nul n’est besoin d’être titulaire d’un doctorat en psychologie pour comprendre qu’une mauvaise « ambiance » et un environnement de travail dégradé nuisent aux performances des salariés. Intuitivement, on comprend que ce qui est « bon » pour les salariés est également bon pour l’entreprise. Un salarié satisfait de son travail, de ses responsabilités, de son encadrement et de ses subordonnés  sera statistiquement plus productif et moins sujet aux absences pour raison médicales.

Quelques grands groupes français du domaine des services, des télécommunications ou de l’électricité ont récemment du faire face à plusieurs suicides au sein de leurs salariés. Loin d’être anecdotiques et cantonnés à la détresse d’individus isolés, ces événements tragiques ont mis en lumière l’importance cruciale de la place et de la considération de la personne humaine, dans ce qui constitue une part importante de notre vie à tous : le monde du travail.

Pour autant, la psychologie (et toutes les thérapies médicales et paramédicales associées) et l’aide qu’elle peut apporter sont encore trop souvent déconsidérés dans le monde professionnelle : le traitement thérapeutique d’un « passage à vide » est perçu comme une faiblesse dans un monde qui voue un culte à la performance individuelle. Cette perception erronée de la faiblesse passagère est en elle-même génératrice de stress, au sens large, car, dans un monde fondé pour une grand part sur le paraitre, l’individu ne doit même pas afficher la faiblesse. « Notre société du succès ne connaît que les gagnants et n’a que faire des perdants. Le stress de la performance implique une rupture avec la structure et, aussi une rupture relationnelle. L’estime de soi est souffreteuse, l’individu est entraîné dans un circuit de stress. Après s’être investit jusqu’à l’épuisement pour une structure, elle met de côté l’individu ». [1]

Ajoutons à cela une méconnaissance encore trop répandue des métiers de la psychologie qui font souvent passer la psychologie pour la « médecine des fous ». De plus, il est souvent difficile de faire admettre à des dirigeants d’entreprise que le développement personnel a sa place dans le monde du travail, et qu’il impactera favorablement les résultats. Pourtant, «près de 6 000 psychologues ou psychothérapeutes travaillent aujourd’hui pour le monde de l’entreprise à travers des méthodes telles que le coaching, l’analyse transactionnelle, la PNL… » [2]. Avant même de penser à la performance des salariés dans le cadre de leurs attributions, la psychologie présente une valeur indéniable en ressources humaines, en participant au recrutement, à la formation, à la gestion des carrières, au reclassement. Spécialiste des risques « humain » au travail, le psychologue est un partenaire tout indiqué du médecin du travail et du responsable HSE [3]. En gestion quotidienne, le psychologue et sa spécialité de psychologie sociale sont aussi une aide inestimable pour le manager au sens général.

Les petites entreprises récentes, avec à leur tête des managers et dirigeants très jeunes ont bien compris l’importance du facteur psychologique dans la créativité des salariés. Les start-up doivent certainement une partie de leur réussite à ce recentrage sur les capacités de l’humain et à une attention soutenue portée au bien-être de manière générale. Bien qu’elles véhiculent quelques clichés de décontraction un peu surjouée, elles ont intuitivement compris qu’un formalisme excessif des relations sociales et un cadre hiérarchique rigide peuvent être générateurs de stress. Or ce sont des entreprises dont la vitalité, et la survie, reposent sur les capacités de créations et d’innovations de leurs salariés. Elles ont donc tout intérêt à favoriser la concentration des individus sur leur cœur de métier, en éliminant de l’environnement les facteurs anxiogènes qui viennent polluer le travail. Ce sont des entreprises qui ont trouvé le type de leadership approprié à leur modèle économique. Il n’est naturellement pas transposable à tous les types de sociétés, mais rien n’empêche les autres de mener une réflexion sur le sujet.

Plus « serein », le salarié est plus motivé, plus impliqué et plus concerné par les objectifs de son entreprise. Si on ajoute à cela des objectifs clairs, définis et atteignables, une écoute et une compréhension de la part des dirigeants, on obtient un environnement de travail plus que propice à l’épanouissement personnel et professionnel de l’individu, ces deux domaines étant beaucoup moins dissociables qu’imaginé.

[1] » Psychologie de l’entreprise : le stress comme carburant de la performance », leuromag.fr, 21 octobre 2009

[2] « La psychologie en entreprise », www.psychonet.fr

[3] « la place de la psychologie dans le monde du travail et des RH », La psychologie a-t-elle sa place dans le monde du travail et des RH?, 07 aout 2010

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