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Conserver la fraîcheur de la maison : les matériaux à éviter

Que l’on construise sa maison soi-même ou qu’on passe par un professionnel, la recherche de confort est centrale. Pour éviter les mauvaises surprises, il est bon d’avoir à l’esprit quelques notions pratiques, les matériaux les plus beaux et les plus séduisants n’étant pas toujours les plus adaptés, particulièrement si l’on s’intéresse à l’isolation thermique.

Qu’est-ce que l’inertie thermique ?

Le principal paramètre à prendre en compte pour maintenir la fraîcheur d’une maison est l’inertie thermique. Elle se définit comme la capacité d’un matériau à stocker de la chaleur et à la restituer progressivement (1). Une bonne inertie thermique permet à une maison de conserver sa fraîcheur l’été, et inversement de garder la chaleur l’hiver. On parle de déphasage thermique, c’est-à-dire d’un décalage dans le temps par rapport aux températures extérieures. L’inertie thermique se définit à partir de deux éléments : non seulement l’inertie quotidienne, qui caractérise « l’amortissement de l’onde quotidienne de température et d’ensoleillement en saison chaude (période de 24 heures)», mais aussi l’inertie séquentielle, « pour caractériser l’amortissement de l’onde séquentielle de température en saison chaude (période de 12 jours) » (2).

En plus du confort de l’habitant, l’inertie thermique préserve d’une surconsommation d’énergie : utilisation excessive de la climatisation en saison chaude et du chauffage (électrique, au fioul, etc.) quand les températures chutent. Hormis les coûts engendrés, cela accroît au passage les risques de non-conformité avec la directive des produits de construction de la Commission européenne, qui incorpore les économies d’énergie et l’isolation thermique parmi les exigences essentielles auxquelles doivent satisfaire les produits de construction (3).

L’inertie thermique n’a rien de neuf. Comme le rappelait l’émission scientifique Science Etonnante (4), ce procédé est connu depuis au moins l’époque troglodytique. Aujourd’hui toutefois, le large éventail de choix dans les matériaux de construction peut parfois nous perdre. En pratique, l’inertie thermique est fonction du poids du matériau. Une maison en pierres comme celles qui composent les vieilles maisons de campagne jouera ainsi idéalement son rôle de tampon thermique. Le parpaing creux et la brique alvéolaire, qui se partagent 87 % des constructions, disposent par exemple d’une forte masse volumique, avec respectivement environ 1 900 kg/m3 et 2 000 kg/m3. Ceci leur confère une bonne inertie thermique, lorsque les maisons sont isolées par l’extérieur, transmettant ainsi à l’intérieur une certaine fraîcheur au moment des chaleurs estivales. Idem pour la « brique monomère » comme pour le « béton cellulaire » ou la « thermopierre » : l’inertie thermique permet de réguler effectivement les chaleurs de l’été.

Des murs au sol, les matériaux à éviter

 Les ossatures bois et acier, en revanche, sont des structures peu massives et ont donc une faible inertie thermique. Le bois en particulier est souvent considéré à tort comme un bon isolant en raison de sa faible conductivité thermique. En réalité, l’inertie thermique du bois est faible, qu’il soit utilisé en ossature ou en plancher dans les combles par exemple. Le site Ecosources.info  (5) précise ainsi qu’une « maison réalisée entièrement en bois aura une faible inertie thermique. Même si son isolation est irréprochable, la maison n’aura pas une grande capacité à stocker la chaleur : en hiver, les apports solaires de la journée ne seront pas conservés longtemps, la chaleur émise par le système de chauffage devra être importante et continue pour que la maison ne se refroidisse pas pendant la nuit ; en été, la maison risque de surchauffer pendant la journée ».

Pour limiter la consommation d’énergie due à la climatisation en été et au chauffage en hiver, il faut augmenter la masse des éléments qui se trouvent dans la maison : en clair, avec du bois, il faut ajouter impérativement des matériaux isolants. On devra par exemple rajouter des cloisons en briques ou des dalles en béton, des chapes sèches, des escaliers massifs ou des revêtements intérieurs en terre crue (6). Sans cela, la maison risque de contrevenir aux normes de la réglementation thermique RT2012, qui encadre la consommation énergétique des bâtiments neufs (7).

Le site de conseil Côté Maison note ainsi parmi les inconvénients du bois l’obligation d’y adjoindre une isolation et des éléments en béton, occasionnant « un surcoût de 5 à 20 % par rapport à une construction maçonnée ». Le même problème apparaît, plus appuyé encore, dans le cas d’une structure métallique : surcoûts liés à la surchauffe (l’acier a une forte conductivité), avec en plus des ponts thermiques (faiblesses dans la structure externe de l’habitation) qu’il faut pallier pour se prémunir contre les risques de feu, sans parler du phénomène « cage de Faraday » qui perturbe l’efficacité des réseaux sans fil (8). Mais si cette isolation massive est utile en hiver pour conserver la chaleur, elle risque de générer l’effet contraire en été. Une bonne isolation pour compenser une mauvaise inertie thermique maintient la chaleur et entraînera un effet de serre en saison estivale. De plus, la réglementation RT12 impose au moins 17 % de surface vitrée sur l’ensemble de la surface habitable, soit une exposition relativement forte aux rayons du soleil — selon l’orientation. Une limitation des apports solaires passera alors par une fermeture des volets aux heures chaudes de l’été, « de 12 h à 17 h », une toiture végétalisée — difficile à entretenir — ou un puits canadien ou provençal, dont le coût de construction avoisine les 6000 euros (9).

Enfin, les différentes parois ne jouent pas toutes un rôle comparable sur l’ambiance thermique d’une pièce (les conditions thermiques auxquelles on est exposé). L’Institut bruxellois pour la gestion de l’environnement précise que la limitation des risques de surchauffe produits par le soleil diffère selon ces parois. L’inertie de la dalle au sol est la première à privilégier. Pour une fraîcheur optimale, il faudra éviter les revêtements de sol isolants de type parquets, moquettes, tapis, faux-planchers, voire vinyles et linoléums, mais privilégier du carrelage. Pour les cloisons intérieures des locaux de séjour, l’Institut préconise de viser la classe d’inertie la plus haute possible (10). Pour les planchers intermédiaires, on délaissera le plancher en bois (11).

De nombreux éléments à appréhender, mais qui feront la différence pour passer un été où il fait plus frais dedans que dehors.

(1) http://app.bruxellesenvironnement.be/guide_batiment_durable/docs/ENE08_FR.pdf

(2) http://www.rt-batiment.fr/fileadmin/documents/RT2012/textes/Th-bat_publication_2015.pdf

(3) https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A31989L0106

(4) https://www.youtube.com/watch?v=9NZ5ZWJccT8

(5) https://www.ecosources.info/dossiers/Inertie_thermique

(6) https://conseils-thermiques.org/contenu/comparatif_materiaux_construction.php

(7) http://www.rt-batiment.fr/fileadmin/documents/RT2012/textes/Th-bat_publication_2015.pdf

(8) http://www.cotemaison.fr/construire-maison/quels-materiaux-pour-ma-maison-beton-parpaing-bois-brique_16603.html

(9) http://www.maison.fr/maison-neuve-se-proteger-de-la-chaleur/

(10) http://www.rt-batiment.fr/fileadmin/documents/RT2012/textes/Th-bat_publication_2015.pdf

(11) http://www.rt-batiment.fr/fileadmin/documents/RT2012/textes/thbat/6_-Fascicule_inertie_methodes.pdf

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